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No Limit !

A l’occasion du festival littéraire en Seine Saint Denis, Hors-limites, l’équipe des médiathèques vous invite au dépassement : sentez-vous libre de chanter à tue-tête le vieux tube de 1993, « no limit » de 2unlimited qui donne son titre à ce dossier thématique ! Au-delà des frontières géographiques et artistiques, frôlons les limites avant de les dépasser : borderline un jour, cosmopolite toujours. A l’ère du retour en douanes, du brexit plus ou moins éminent, cassons les frontières de nos collections et évadez-vous avec nous. Prenez soin cependant de vous munir de votre carte de médiathèque, seul passeport qui tienne pour ce mois d’avril !

Au-delà du réel ?

Roman adulte : Karl Ove Knausgaard, la mort d’un père

En 6 volumes, l’auteur norvégien Karl Ove Knausgaard a fait de sa vie un roman. Enfance, adolescence, amours… l’auteur ne laisse rien échapper des lignes de sa vie qu’il transcrit sur chacune des pages de cette vaste autobiographie. En entrant dans cette vie comme on écoute une confession, on ouvre une brèche dans sa propre intimité pour y ajouter la vie de ce cousin norvégien. Le lire, c’est le connaître ; peut-être bien plus que votre propre famille (aux secrets bien plus gardés).  Cette entreprise littéraire dépasse les limites de l’exercice Proustien. Volontiers exhibitionniste dans ses souvenirs, l’auteur vise à raconter la vie, rien que la vie. Dans ce premier volume, il est question d’un père, le sien certes,  mais l’usage de l’article indéfini pousse à la réflexion sur l’universalité du propos. Quelle est la frontière entre une vie d’ado en Norvège et celle du lecteur ayant vécu les mêmes aventures en France ? Avec moult anecdotes, l’auteur forme un récit profondément intime mais appose au mot « vie » une majuscule, celle qui transcende les destins individuels …

 

 

 

 

BD adulte : Luz, indélébiles

Du rire aux larmes, du sourire à la nostalgie, Luz revisite l’histoire de Charlie Hebdo, de ses débuts, de ses copains, de ses anecdotes, de son drame… Par d’habiles allers-retours entre aujourd’hui et hier, le lecteur est invité autour de la table de réunion de la salle de rédaction. Vous y apprendrez qu’il ne fallait surtout pas gommer votre dessin sur celle-ci (attention au courroux de Cabu), et vous y entendrez un ton volontiers borderline qui donnait lieu à des couvertures tout autant audacieuses et « hors limites ». Tout commence par la rencontre avec Cabu qui rit au dessin du jeune Luz  (Sésame de ce dernier vers la « félicité » et dans la bande de Charlie). Ensuite, Luz rencontre Charb (l’épisode du fax et les « à ta mère » qui ponctuent la moindre de ses interventions sont très drôles). A de nombreuses occasions, cette Bd suspend son récit par des pauses à l’aquarelle ou à l’eau forte, forcément émouvantes. Et que dire de cette fin qu’il ne faut pas dévoiler ? Elle nous positionne « hors champ » à la frontière entre intime et vie publique, sur le fil et au-delà…

 

 

 

 

Au-delà des lignes

Documentaire adulte : Lanni Dominique, Quand l’Orient regarde l’Occident

L’adage dit : On est toujours le barbare d’un autre. Dans cet ouvrage, ce sont les Occidentaux que l’on nomme barbares ! Entre frontières physiques, culturelles, linguistiques, économiques, religieuses ou encore morales, l’Orient et l’Occident sont deux entités opposées dans les consciences et l’imaginaire collectif depuis des siècles. Les rapports entre ces deux zones géographiques, dont les limites fluctuent sans cesse au cours de l’Histoire, sont ponctués par les conquêtes, le commerce, les guerres et les jeux de pouvoirs politiques et religieux. Ces échanges ont généré des images relatant la rencontre de peuples profondément différents tant par leur apparence que par leurs coutume et culture. Cependant, nous, Occidentaux, souffrons aujourd’hui d’un regard unilatéral sur cette histoire à cause de notre position de colons ayant décrit, dessiné, caricaturé les populations d’Orient et diffusé très largement ces images, instaurant ainsi parfois idées reçues et préjugés. Pourtant, l’Orient a également produit des documents passionnants qui présentent leur imaginaire de l’Occident. Regards arabes, regards ottomans, regards d’Asie, regards croisés, cet ouvrage parcourt des textes, des peintures ou encore des gravures qui ouvrent nos esprits sur une vision oubliée, éludée ou même inconnue de l’Occident. En prenant conscience de cette réciprocité, les frontières semblent presque s’évanouir…

 

 

Documentaire jeunesse : Philippe Laborde et Jacques van Geen, On part vivre sur une île déserte

Assez des vacances traditionnelles et des destinations touristiques très fréquentées. Remisez au placard aussi les guides conventionnels et délestez-vous de vos bagages. Faites le choix de l’aventure et de la découverte mais surtout testez-vos limites. Partez sur une île déserte !  Sans téléphone mais avec votre slip de bains, sans vêtements mais avec cet indispensable documentaire qui vous permettra de vivre votre robinsonnade avec l’aisance et le confort d’un vacancier dans un hôtel « all inclusive » .Ce livre est un savant mélange entre un manuel de survie, un carnet de bord illustré et l’histoire d’un groupe d’adolescents échoués sur une île après un naufrage au large. Il permettra aux lectrices et aux lecteurs tentés par les aventures extrêmes de pouvoir se débrouiller en toutes circonstances. Ils apprendront, dans le détail, aussi bien à se nourrir, s’abriter et s’habiller – ce qui est relativement attendu-, mais aussi à se soigner et même à faire leurs besoins de façon sûre et non polluante.  La progression et le style alerte du récit retiennent immédiatement l’attention et les dessins crayonnés accompagnent et complètent les recommandations. Seule énigme irrésolue, comment emporter cet ingénieux carnet sans le mouiller lors d’un naufrage ?

 

 

 

 

BD jeunesse : Alex Puvilland et Scott Westerfeld, Spill Zone

Que s’est-il passé dans la Spill Zone ? Accident nucléaire ? Invasion extraterrestre ? Impossible de le savoir : le périmètre est bouclé et bien gardé. Pourtant, Addison, jeune fille vivant seule avec sa petite sœur Lexa, décide de braver l’interdit. Et si elle se faufile à moto de l’autre côté des limites c’est pour faire des photos qu’elle vendra à prix d’or à des collectionneurs peu enclins à respecter les lois humaines.  L’argent ainsi récolté lui permet de subvenir aux besoins de sa sœur mais les expéditions mettent peut-être sa vie en danger. En effet, dans cette zone très particulière, cette Twilight Zone ou Quatrième dimension, les lois physiques de notre planète ne semblent plus s’exercer : les balançoires s’animent sans que personne ne les pousse, les objets gravitent dans les airs de manière très précise, les animaux semblent avoir muté et les poupées, comme celle de Lexa, semblent pourvues d’une conscience…  Pour marquer la différence entre le monde que nous connaissons et la Spill Zone, Alex Puvilland utilise de grands aplats et des couleurs pastel produisant un effet volontairement dérangeant pour souligner l’étrangeté du phénomène. Ce procédé participe à rendre l’ensemble percutant d’autant que le scénario du grand Scott Westerfield est, à l’instar de ses romans jeunesse (Uglies, Les midnighters…), particulièrement redoutable !

 

 

 

Au-delà de soi

Documentaire adulte : Kisshōmaru UESHIBA, L’art de l’aïkido

Le maître Morihai UESHIBA fondateur de l’aïkido, expliqua un jour l’état d’esprit qui se doit de prévaloir en aïkido en indiquant que « dans le budô authentique, il n’est nul ennemi. Le budô authentique est un acte d’amour. Il n’est pas question de combat ni destruction mais d’épanouissement et de développement et cela pour toute chose sur cette terre. Un art martial qui ne s’attache qu’à la victoire ou la défaite n’est pas un budô authentique. Le budô authentique est masakatsu, agatsu, katsuhayabi- « La vraie victoire est la victoire sur soi, jour de la victoire éclaire ! » Il est question ici de la victoire absolue, absolue en ce qu’elle ne s’oppose à rien. La victoire vient avec l’éradication de la volonté de combattre et de s’opposer aux autres. » L’aïkido est donc un art martial qui dépasse les différences, traverse le temps et les frontières. L’aïkido a pour but de réunir les personnes et s’enrichit des différences d’origines, d’âges et genres. Cette philosophie de vivre a déjà dépassé les frontières. Dans ce livre vous découvrirez l’empreinte de son histoire, les valeurs qu’il véhicule. A travers le mouvement l’effacement des frontières psychologique et corporel viennent s’ajouter aux différences de chaque individu. L’Aïkido un art martial de paix qui se joue des frontières.

 

 

 

Roman jeunesse : Joe Witek, Rêves en noir

Jill est une adolescente et ce qu’elle déteste c’est la pitié. Elle supporte mal la sollicitude de ses proches, qu’elle prend pour de la condescendance. Pourtant, s’ils savaient… Ils seraient stupéfaits de découvrir que la nuit venue, en catimini, elle sort de sa maison et va se promener seule dans le grand parc voisin. Elle cherche le risque pour prouver à tous qu’elle est autonome, même si elle est …aveugle ! Et du risque, elle va en avoir. En effet, un soir, elle surprend deux individus qui rouent de coup un autre homme. Jill décide d’aller raconter sa mésaventure à la police le lendemain. Malheureusement, les policiers ne sont guère disposés à accorder de l’importance au témoignage d’une non-voyante. Pour Jill, sa vie commence alors à se dérégler. Elle est assaillie de visions nocturnes, elle qui ne rêvait plus en images depuis l’arrivée de sa cécité. Et surtout, elle va croiser un des protagonistes de l’algarade violente…  Fidèle à un de ses thèmes favoris, comme celui des adolescents confrontés à une situation épineuse qui se révèlent audacieux et courageux, Jo Witek nous propose un thriller haletant et même parfois humoristique. Son intrigue dramatique s’accompagne d’une « touche » documentaire bienvenue sur la vie des malvoyants. Ce roman se lit donc d’une traite au rythme de la course poursuite menée par une héroïne déterminée et intelligente. Pour une fois qu’un roman jeunesse sur l’aveuglement ne rime pas uniquement avec amour…

 

 

 

Au-delà de tout !

Albums jeunesse : Bonjour chez vous, Monsieur Caca ! Le livre le plus bête du monde d’Antonin Louchard

Le grand auteur et illustrateur jeunesse Antonin Louchard franchit une fois de plus les limites du bon goût pour raconter l’histoire d’un gentil vieux garçon répondant au nom malheureux de Monsieur Caca. Bien sûr, tout le monde le gratifie dès qu’il le voit d’un « Bonjour chez vous Monsieur Caca ! ».  Monsieur Caca, modeste et poli, ne s’en offusque pas et répond gentiment tout en souriant. Mais voilà qu’un jour, tandis qu’il cueille des fleurs dans son jardin, il fait une jolie rencontre : c’est une femme qui s’appelle… on vous laisse imaginer la chute ! Pour l’auteur, cet album est « le plus bête du monde ». Quant à l’éditeur, il a choisi un argument de vente particulier. En effet, on peut lire sur la quatrième de couverture en guise de résumé : « iI y a des livres extraordinaires, il y a des livres nuls, et il y a ce livre qui est extraordinairement nul » ! Un album à partager pour rire avec ses enfants. Merci, Monsieur Caca !