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Seul(s)

Pourquoi être accompagné quand on peut rester seul ? A l’occasion de la saint valentin, l’équipe des médiathèques n’a pas les yeux dans l’eau, mais se rêverait bien seule sur le sable. Seule, vraiment ? Oui, mais avec qui ou quoi ? Est-on seul avec un livre ? Est-on seul avec soi-même ? Pour ce mois de février, le « hygge » est de mise au chaud sous une peau de nounours

 

Seul ou seuls ?

Documentaire adulte : Sarah Gysler, Petite

Que faire quand on se sent en décalage avec la société, qu’on a 20 ans, beaucoup de rêves et peu d’objectifs ? On prend un globe terrestre, on le fait tourner et on choisit une destination. Et on part, tout seul. C’est que ce raconte Sarah Gysler dans ce témoignage :  à 20 ans, elle décide sur un coup de tête de tout plaquer et de rejoindre la Laponie.  Elle n’a pas d’argent, seulement de la motivation, du courage et un brin de folie. C’est alors pour elle le début d’un voyage incroyable à travers le monde, qui lui permettra de découvrir l’entraide, les galères, mais surtout sa propre soif de liberté et un nouveau mode de vie. Véritable roman d’apprentissage et ode à la découverte de l’autre, ce témoignage vous donnera sûrement envie de boucler votre sac à dos, et de partir, seul. On vous laisse nous dire la destination !

 

 

 

 

BD jeunesse :  SeulS, fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti

Camille, Leila, Terry, Yvan et Dodji se réveillent un matin totalement seuls au monde. Tous les adultes ont disparu. A eux la liberté ! Mais, très vite la peur, la tristesse se mêlent à ce sentiment exaltant de toute puissance. En attendant de découvrir ce qui est arrivé dans la ville de Fortville, nos 5 amis d’infortune doivent se débrouiller comme des grands. Au hasard des rues désertées et au fil des volumes de la série, ils vont rencontrer d’autres enfants tout aussi perdus et parfois mieux organisés qu’eux. Et les questions, au fil des pages, s’intensifient et se multiplient : la fraternité, la solidarité seront-elles vaincre la peur ? Qui est ce maître des couteaux qui a l’air d’être un psychopathe ? Pourquoi des cairns rouges ont été construits à certains endroits de la ville et surtout par qui ? Les enfants sont-ils entrés dans la Quatrième dimension et demie ? Seuls, la série inventée par Fabien Vehlmann et dessinée par Bruno Gazzotti consolide son succès à chaque album depuis une dizaine d’années. Vehlmann a su toucher son public en évoquant les angoisses existentielles que chaque lectrice, chaque lecteur garde enfoui au plus profond de lui. La construction des albums laisse, pour autant, toujours une place à de savoureux moments d’humour, pleins d’innocence pour alléger l’ambiance. L’alternance des histoires par personnages entretient savamment le suspens de pages en pages. Le trait dynamique et expressif de Gazzotti participe au plaisir de la lecture. En résumé, s’il fallait ne garder qu’une seule série à la Médiathèque… ce serait celle-ci. D’ailleurs, c’est la seule (côté jeunesse) à bénéficier d’un traitement particulier : en plus des exemplaires à emprunter, vous retrouverez toujours les doubles en rayon à lire sur place.

 

Documentaire jeunesse : SEULS DANS L’IMMENSITE DU COSMOS ?, Alain Doressoundiram et Régis Le Cocguen

La nuit, lorsqu’on lève les yeux au ciel, est-ce seulement les étoiles et les planètes que nous regardons ? Est-on certain que personne ne nous observe d’une galaxie éloignée ? Au-delà du système solaire, existe-t-il d’autres êtres vivants ?  Ces questions – aussi intrigantes qu’effrayantes- qui formulent l’hypothèse   que nous ne serions peut-être pas la seule présence dans l’univers, sont au cœur de ce documentaire.  Avec beaucoup d’intelligence et de pédagogie, cet ouvrage propose un sujet par double page. Chaque questionnement est accompagné d’une grande illustration, d’un texte avec les mots scientifiques en couleur, un énoncé explicatif et des légendes informatives et humoristiques. Sans jamais ennuyer tout en étant très sérieux, les lecteurs découvrent les dernières informations   sur les traces de vie dans le cosmos, tout en rappelant les origines et l’évolution de la vie sur notre propre planète.  Alors avant de croiser le troisième type et E.T. soyons prêts et avertis pour leur faire le meilleur accueil !

 

 

 

 H/F cherche âme sœur

Album jeunesse : Un jour, Yoo Ju Yeon et  Kza Han

Un jour, un oiseau rouge prend son envol et part en quête de son âme sœur. Seul, il traverse les villes et ses fils électriques, ses mers de toits, ses grues. L’espace est vide, sans âme qui vive, en noir et blanc. Et l’oiseau rouge, tout feu tout flamme, surplombe le monde avec passion. Un jour fait le récit de ce voyage. Yoo Jun Yeon, formée à l’illustration à l’école de design de Séoul, utilise les techniques traditionnelles coréennes : encre de chine, lavis et toutes les nuances de gris imprimées sur du papier épais qui évoque le grain des estampes. Elle utilise aussi la lithographie pour son petit oiseau rouge tamponné sur les pages. Le texte très poétique de Kha Zan s’inscrit, rouge écarlate, dans ce magnifique écrin. De cette très belle collaboration entre ces deux artistes résulte un album plein de douceur mélancolique. On en sort comme après un rêve, empli de brumes et de caresses des plumes d’un oiseau.

 

 

 

 

Album jeunesse : Jean de la Lune, Tomi Ungerer

Tomi Ungerer, celui qui nous a fait rêver d’aventures dans Les Trois brigands, nous a fait aimer les ogres dans Le Géant de Zeralda, nous a fait pleurer dans Otto, est mort. Ce mois-ci, revenons sur Jean de la Lune. Jean de la Lune s’ennuie seul dans son astre. Il observe les humains sur Terre et meurt d’envie de les rencontrer – pour trouver de l’amour, de la chaleur, de la convivialité. Une nuit, il attrape une comète qui le conduit jusqu’à la Terre. Mais les choses ne se passent pas du tout comme prévu… Son arrivée fracassante terrifie bêtes et gens – n’oublions pas qu’il voyage à bord d’une comète ! L’alerte est déclenchée et tous partent à sa poursuite, Jean de la Lune est arrêté et jeté en prison. Incompris, il parvient tout de même à s’échapper pour passer quelques beaux moments sur Terre – seul, entouré des arbres et des roses – pour rencontrer celui qui l’acceptera comme il est et lui permettra de rentrer chez lui. Un classique de la littérature de jeunesse à lire et à relire – le noir de la nuit s’étend en double pages accompagné d’un texte simple, drôle et pudique, qui traite des questions du rejet et de la différence.

 

 

Appli – Thomas was alone – Jeu indépendant.

Venez aider Thomas, un petit cube rouge bien seul. Vous devrez traverser différent niveaux de plus en plus élaborés dans un décor très minimaliste. Heureusement Thomas va trouver des amis en route pour l’aider. Découvrez dès aujourd’hui « Thomas was alone », un jeu de plateforme pas comme les autres sur les tablettes de votre médiathèque.

 

 

 

 

Bien trop seul

Roman adulte : La Maison hantée, Shirley Jackson

Une immense bâtisse aux sombres desseins, un groupe de 4 téméraires venus réaliser une expérience sur les insomnies… Que pourrait-il arriver de mal, n’est-ce pas ? C’est là, l’histoire que Shirley Jackson nous raconte dans « La maison hanté » ou « The Haunting of Hill House » en anglais : surnommée par ses pairs « la reine du roman gothique moderne », l’autrice nous transporte dans un imaginaire aussi malfaisant que terrifiant. Les fenêtres vous observent, les portes vous avalent, et les murs se resserrent autour d’Eleonor, Theo, Luke et du Docteur Montague. Hill House les isole les uns des autres, les forçant ainsi à se confronter à leurs propres traumatismes. Venus en groupe, les voilà seuls face au cauchemar. Ce classique de la littérature gothique fût de nombreuses fois adaptés à l’écran (notamment par Robert Wise et par Jan de Bont), mais une des plus fortes adaptions est désormais l’excellente série tv Netflix « The haunting of Hill House » : une histoire un peu différente sur la forme mais qui garde le fond principal de la solitude et de l’exorcisation de ses démons intérieurs. Un classique à ne pas manquer !

 

 

 

DVD : Buried, Rodrigo Cortés

Paul Conroy est un entrepreneur américain sans histoire. Il se retrouve pris au piège dans un cercueil, enterré vivant sous le sol irakien. Paul est enfermé dans cet espace clos avec, comme seul lien avec l’extérieur, un téléphone portable. Le chronomètre est lancé… Tenez-vous prêt pour 90 minutes de pure tension! Huis clos claustro qui vous fera paniquer le palpitant, « Buried » est un vrai tour de force et une œuvre intense! Acclamé par le public et la critique lors de ses nombreux passages en festivals, le film permet aussi à Ryan « Deadpool » Reynolds de mettre en avant tout son talent d’acteur, seul en scène! Alors prenez une grande inspiration et plongez dans ce thriller haletant !

 

 

 

 

CD jeunesse : Mon vieil ami Jean-Mi, Aldebert

Etre tout seul chez soi, sans famille, sans copains, ce n’est pas drôle. C’est malheureusement le cas de Jean-Mi, zombie de son état, pour qui la vie (ou la mort plutôt), n’est pas très remplie. Tout change pour lui lorsqu’Aldebert et ses parents s’installent dans la maison située juste à côté du cimetière. Pour entretenir de bonnes relations de voisinage, Jean-Mi leur rend une petite visite. Passée la première frayeur, il sympathise bien vite avec le petit Aldebert qui l’invite à sa fête d’anniversaire. Mais tout ne va pas se passer comme prévu… Aldebert n’en est pas à son coup d’essai, lui qui sait si bien chanter pour les enfants nous offre une nouvelle collection de livres-CD dont « Mon vieil ami Jean-Mi » est le dernier né. Pour ce faire, il pioche dans son répertoire et choisit une chanson qu’il réécrit en forme de conte musical. Toute sa verve, sa drôlerie, son humour et surtout sa rock’n’roll attitude sont au rendez-vous. La narration est dynamique et bien rythmée par la musique et les différents bruitages. Un livre CD à écouter entre copains dans sa chambre plutôt que seul dans un cimetière !

 

 

 

Au bonheur de la solitude

Roman jeunesse : Je veux rester fils unique, Yann Coridian et Gabriel Gay

Ce roman à la particularité, bien agréable, de mener l’histoire en combinant textes et illustrations, qui participent pleinement à la progression du récit. Si l’auteur et l’illustrateur savent mettre en commun leur talent, en revanche, leur jeune héros Paul n’a pas le même sens du partage…   Il profitait pleinement d’être un enfant unique et il trouve que ce bonheur est sérieusement menacé depuis que le ventre de sa maman s’arrondit. Son père devient de plus en plus stressé et sa mère, heureusement, reste sereine. Malheureusement, Paul ressemble beaucoup à son papa… Il s’inquiète de devoir partager l’amour de ses parents, les meilleures parts des gâteaux, sa chambre et ses jouets ! Ce récit à la première personne explique les tourments du jeune Paul, avec beaucoup d’humour et d’impertinence. Son style juvénile participe au charme de cette histoire, ainsi que les dessins en noir et blanc dans un crayonné dynamique et un brin naïf.  Les lecteurs se réjouissent doublement. Ils peuvent découvrir un personnage qui comme eux connait la jalousie, la terreur de toucher un ventre de femme enceinte, d’entendre les informations sur l’accouchement et d’anticiper le recyclage des couches sales. Ils ont aussi le pouvoir de rire de Paul et son père, maladroit et un rien désemparé, et ainsi prendre de la distance avec leurs propres inquiétudes et sans culpabilité … Alors, laissez-vous porter par cette tranche de vie familiale qui nous rappelle que l’arrivée d’un bébé demande du sang-froid et des narines insensibles !

 

 

Doc adulte : Jean-Philippe Toussaint, L’urgence et la patience

Une page blanche, une machine à écrire puis un ordinateur, un bureau, des bureaux devant lesquels se poser pour écrire. « Urgence » et « patience » dans des chambres d’hôtel. L’écrivain est seul, puise en lui la création, la fait mûrir dans un état d’urgence qui n’est pas l’inspiration divine que l’on imagine au premier abord. L’écrivain est Jean-Philippe Toussaint et quel écrivain ! Même quand il s’essaye à l’essai, la fiction n’est jamais loin. Une fois la page noircie, la patience de la relecture et de la retouche entre en scène.  L’auteur a la patience de laisser reposer. Dans l’attente, il dort afin d’ouvrir un œil neuf sur son travail. Il écrit alors des phrases comme celle-ci : « Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l’amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble ». La solitude de l’écrivain est rompue le temps d’une rencontre avec Jérôme Lindon, l’éditeur des éditions de minuit, puis avec Samuel Beckett, son idole. Entre deux écritures, Jean-Philippe Toussaint devient lecteur solitaire et lit et relit Proust. Les lecteurs et les écrivains seraient-t-ils de grands solitaires ? Seuls dans la création, seuls en face d’elles. Cet essai est vivement conseillé par François-Henri Désérable, l’auteur notamment d’ un certain M. Piekielny. De main en main, de solitaire en solitaire, voici un livre à découvrir.